Quand un championnat de vacances devient un chantier climatique

Comment un championnat de grandes vacances est devenu un dispositif d’écocitoyenneté, de formation, de revenus et d’adaptation climatique

Le samedi 12 septembre 2026, la finale de la League Pro d’Oyack Rail ne s’est pas jouée seulement sur le terrain. À quelques centaines de mètres du stade, huit étangs creusés à la main par les habitants attendent toujours leurs premiers alevins. Entre les deux, une idée simple : le sport de quartier n’est pas qu’un divertissement, c’est le dernier rendez-vous qui rassemble encore, chaque année, tout un quartier.

Jeunes vainqueurs d'une catégorie de minimes, médailles au cou et trophée en main, au stade d'Oyack Rail
Les vainqueurs d’une catégorie de minimes, médailles au cou et trophée en main, à la clôture de la 3ᵉ édition du programme 2VS au stade d’Oyack Rail. © JCAC

Deux mois de compétition, une soirée de clôture

Pendant près de deux mois de grandes vacances, la League Pro d’Oyack Rail a mobilisé plusieurs milliers de personnes dans la Commune d’arrondissement de Yaoundé 5. Neuf clubs de quinze joueurs se sont affrontés chez les seniors ; quatre catégories de minimes — U9, U11, U13 et U15 — ont fait jouer les plus jeunes. Le tournoi était placé sous le haut parrainage de M. Augustin BALA, maire de la Commune.

Tribune pleine de spectateurs au stade d'Oyack Rail pendant le championnat
Tribune pleine au stade d’Oyack Rail pendant le championnat. © JCAC

La cérémonie de clôture, tenue au stade d’Oyack Rail, a récompensé le vainqueur du championnat de 800 000 francs CFA et celui de la coupe de 400 000 francs CFA. Les cent vingt finalistes des quatre catégories de minimes ont reçu des kits scolaires — cartables, ardoises, cahiers et fournitures — cinq jours après la rentrée scolaire du 7 septembre. Les présidents des neuf clubs et le corps arbitral, dont plusieurs femmes qui ont officié tout au long de la saison, ont également été distingués. Une parade équestre a ouvert la soirée avant le coup d’envoi de la finale. La cérémonie s’est achevée par la remise symbolique d’une quinzaine de plants à Monsieur le Maire et au Comité d’organisation du tournoi League Pro.

Finalistes des catégories U9 à U15 avec cartables, ardoises et fournitures scolaires
Les cent vingt finalistes des catégories U9, U11, U13 et U15 ont reçu cartables, ardoises et fournitures. © JCAC
Corps arbitral de la League Pro, dont plusieurs femmes, avec sifflets et médailles
Sifflets et médailles pour le corps arbitral de la League Pro. © JCAC

« Les championnats de vacances sont un moyen d’encadrer la jeunesse : par le sport, mais aussi par l’éducation à la citoyenneté. C’est pour cette raison que la Commune parraine l’ensemble des championnats de Yaoundé 5. » — M. Augustin BALA, maire de la Commune d’arrondissement de Yaoundé 5

Lauréats, Commune et administrations sur le podium de clôture
Sur le podium de clôture : les lauréats, la Commune et les administrations présentes — MINJEC, MINHDU et MINFOF. © JCAC

« La League Pro en est à sa deuxième édition, avec une innovation majeure : l’ouverture aux catégories minimes. Tout s’est déroulé dans la paix et la concorde. Je remercie les présidents de clubs, les équipes, le corps arbitral, nos partenaires et ces merveilleux supporters qui ont fait vivre le tournoi. » — M. BIAMOU NYAMSI, promoteur de la League Pro d’Oyack Rail

Le sport comme porte d’entrée, non comme vitrine

C’est là qu’intervient l’association Jeunesse Camerounaise pour l’Action Climatique (JCAC), partenaire du tournoi dans le cadre de son programme Vacances Vertes et Sportives (2VS), une initiative primée par le Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique. Le pari de 2VS tient en une phrase : plutôt que de créer un nouveau cadre de sensibilisation que personne ne fréquentera, on s’adosse à celui qui existe déjà et qui fonctionne — le championnat de grandes vacances.

Concrètement, le sport n’est pas le décor d’une campagne : il en est le point d’entrée. Près d’un millier de messages ont été diffusés autour des rencontres en faveur de l’hygiène et de la salubrité, pendant et après les matchs. Des opérations de curage de la rivière Minlo ont été conduites avec les habitants, un dimanche, dès les premières heures de la matinée. Et, surtout, l’audience du tournoi a permis d’identifier puis de retenir les jeunes qui allaient suivre une formation.

Riverains et volontaires curant la rivière Minlo un dimanche matin
Curage de la rivière Minlo avec les riverains, un dimanche au petit matin. © JCAC

De la salle de formation à l’étang

Lors de la deuxième édition du programme, en 2025, un atelier d’échange et de formation sur la citoyenneté, l’environnement et l’autonomisation des jeunes s’est tenu au Centre de Promotion de la Femme et de la Famille, réunissant acteurs communautaires, promoteurs de championnats et représentants des administrations. Au total, une trentaine de jeunes ont été formés à la lutte contre les désordres urbains, à la lutte contre la pollution, à la promotion de la citoyenneté et à la mobilisation communautaire, ainsi qu’à la pisciculture — avec l’appui technique du Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU), du Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC), du Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED) et du Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA).

Atelier de formation sur la citoyenneté et l'environnement, banderole Vacances Vertes et Sportives
Atelier d’échange et de formation sur la citoyenneté, l’environnement et l’autonomisation des jeunes, au Centre de Promotion de la Femme et de la Famille. © JCAC

La formation ne s’est pas arrêtée à la salle. À son issue, dans le vaste marécage qui longe la rivière Minlo — jusque-là exutoire à ordures et cause d’inondations récurrentes et de maladies hydriques pour les ménages riverains — huit étangs d’environ 100 m² chacun ont été creusés et mis en eau par les bénéficiaires eux-mêmes. Depuis 2025, les dépenses engagées s’élèvent à 3 189 500 francs CFA, entièrement autofinancés par l’association et les habitants. Faute d’empoissonnement, les bassins sont restés vides ; à l’occasion de cette 3ᵉ édition, ils ont dû être réaménagés en prévision des alevins et des aliments attendus.

Ancien dépotoir du marécage transformé en premiers bassins piscicoles
Le marécage transformé : ce qui servait de dépotoir accueille aujourd’hui les premiers bassins. © JCAC
Un des huit étangs de 100 m² mis en eau par les bénéficiaires
L’un des huit étangs mis en eau par les bénéficiaires eux-mêmes. © JCAC

Un même geste, quatre bénéfices

L’intérêt du dispositif tient à ce qu’un seul aménagement produit plusieurs effets à la fois. Chaque étang est un volume de rétention qui écrête les crues : c’est de l’adaptation au changement climatique, financée par le travail des habitants. Le site, désormais entretenu en permanence, cesse d’être un dépotoir : c’est de la salubrité publique. Les jeunes qui l’exploitent y trouvent une activité et un revenu : c’est de l’emploi. Et le poisson produit reste dans le quartier : c’est de la sécurité alimentaire.

À terme, l’initiative doit devenir un centre piscicole communautaire de trente étangs, doté d’une écloserie, d’une unité de fabrication d’aliment, d’espaces verts, d’un espace de formation et d’un point de vente, capable de produire près de 240 000 alevins par an. Un plan d’affaires sur cinq ans a été établi et des contacts sont en cours avec plusieurs partenaires.

« Le Cameroun est un grand pays de sport, et les championnats de vacances y sont partout. La plupart s’achèvent sur une remise de prix. Nous voulons aller plus loin : faire de ces championnats un moment de citoyenneté, d’action climatique et de lancement d’initiatives de développement qui continuent d’inspirer et de rassembler longtemps après la finale — et qui transforment la vie des populations tout en protégeant la nature. » — Alain Blaise NGONO, président de la JCAC

Le maire reçoit un plant d'arbre des mains du président de JCAC, entouré de la délégation
Remise symbolique de plants à Monsieur le Maire et au Comité d’organisation du tournoi League Pro, en clôture de la cérémonie. © JCAC

Ce qui reste à faire

Deux pièces manquent encore au tableau. Les alevins et les aliments annoncés ne sont pas parvenus aux bénéficiaires : les huit bassins, creusés à l’issue de la formation de 2025 et réaménagés cette année, sont en eau mais demeurent vides ; une campagne de production a déjà été perdue, et chaque saison qui passe éprouve la patience de gens qui ont donné leur travail et leurs moyens propres. JCAC et les populations attendent toujours le don du MINEPIA en alevins et en aliments ; les échanges se poursuivent. Le titre d’occupation temporaire du site, sollicité auprès de la Commune, est par ailleurs attendu : il conditionne la sécurisation de l’investissement déjà consenti et l’accès aux financements.

La 3ᵉ édition est close. Reste l’essentiel : faire en sorte que ce qui a fonctionné à Oyack Rail ne dépende plus du volontarisme d’une association et d’un quartier. JCAC plaide pour l’adoption d’un cahier des charges national — trois pages, cinq obligations — qui doterait tout championnat de vacances organisé au Cameroun d’un volet environnemental et citoyen. Trois éditions font une preuve ; il faut maintenant en faire une norme.


Jeunesse Camerounaise pour l’Action Climatique (JCAC) — programme Vacances Vertes et Sportives (2VS), 3ᵉ édition, en partenariat avec la Commune d’arrondissement de Yaoundé 5.

Contact : jcacassociation@gmail.com — +237 652 066 178 / 675 484 680 — www.jcac-cm.org